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La démocratie n’est pas un projet

Deux initiatives remarquables illustrent comment la philanthropie stratégique peut ancrer la participation de manière systémique : « Talking Stick » favorise la participation des migrant·e·s, tandis qu’un conseil populaire récemment créé à Bâle vise à associer les personnes privées du droit de vote et d’éligibilité au processus de prise de décision politique. Ces deux concepts ont besoin d’un soutien financier institutionnel.

Bâton de parole Ce projet a été lancé dans le but d’élaborer un guide pratique intitulé « Espace de participation », destiné à permettre une participation effective des personnes issues de l’immigration. L’organisation IntegrationsBrücke Bern a élaboré ce guide en collaboration avec 150 personnes issues de l’immigration, réparties en sept groupes de dialogue et s’exprimant en neuf langues, sur une période de deux ans. La Commission fédérale pour les questions de migration, le Pour-cent culturel Migros, les fondations Beisheim et Temperatio ainsi que la Société suisse d’utilité publique (SSUP) ont rendu ces travaux possibles. Ils ont soutenu le projet, et par là même les personnes impliquées, afin de tirer des enseignements sur ces processus. Le soutien financier s’est notamment concentré sur les indemnités de présence, la garde d’enfants, les repas et les frais considérés comme des «frais généraux» par les organisations de soutien. Le concept « Talking Stick » montre que garantir la participation de personnes structurellement exclues constitue le véritable travail, et non le processus d’accompagnement. Ce n’est pas quelque chose qui se fait tout seul. Le travail de médiation instaure la confiance, facilite la communication, va à la rencontre des personnes là où elles vivent et fait le lien entre les langues et les perspectives.

Écart systémique entre les connaissances et leur mise en œuvre

Il est difficile d’admettre qu’un plan de construction précis est nécessaire, mais pas suffisant. Talking Stick l’exprime ainsi : « Le guide est comme le plan de construction d’un train complexe. Ce n’est pas parce que l’on possède le plan que l’on peut pour autant construire un train. Il faut des outils spécialisés, un savoir-faire et une infrastructure solide. »

En d’autres termes : il existe un fossé entre la conception théorique et la capacité de mise en œuvre, qui ne peut être comblé que par un soutien financier continu, s’étalant sur plusieurs années. Ce concept fonctionne parce que des partenaires tels qu’IntegrationsBrücke Bern avaient déjà établi des liens avec les communautés. Ce travail préparatoire est déterminant. La participation des groupes marginalisés ne nécessite pas de standardisation, mais une spécialisation. Et cela a un coût. Ce constat est certainement pertinent également pour le futur Conseil de la population à Bâle .

Le Conseil de la population de Bâle et la question de la légitimité

Le Conseil de la population de Bâle aborde également un problème structurel. Seuls 49,7 % de la population bâloise sont habilités à voter et, parmi les personnes habilitées, environ 44 % seulement exercent activement leurs droits politiques. De fait, seul un quart environ de la population se prononce sur les questions politiques. Alors que Talking Stick pose la question suivante : « Comment toucher les gens ? », le Conseil de la population se demande : « Comment ancrer la participation sur les plans juridique et politique ? » Comment fonctionne une démocratie qui impose des obligations ?

Il convient désormais d’évaluer et d’examiner les moyens permettant d’asseoir la légitimité d’un conseil populaire. Le principe est simple : des personnes tirées au sort se prononcent sur des questions politiques. Cependant, ce n’est que lorsque ses recommandations sont réellement prises en compte que ce concept déploie pleinement ses effets.

Dans le cadre du projet pilote de Bâle, on cherche des solutions permettant d’intégrer des conseils populaires dans les processus décisionnels existants, de manière à ce que le Parlement, le gouvernement et l’administration soient tenus de prendre ces recommandations au sérieux. L’objectif n’est pas de remplacer la démocratie parlementaire, mais de la compléter de manière ciblée.

Une telle structure nécessite beaucoup de ressources, tout comme c’est le cas pour Talking Stick. Après le premier grand événement inaugural organisé à la Safranzunft de Bâle, il faut des ressources pour rassembler de manière variée des personnes très différentes : jeunes et moins jeunes, universitaires, ouvriers, Suisses et migrants. Il faut également pouvoir accéder aux communautés concernées et disposer de fonds pour mener des recherches et affiner les processus. Outre un financement par une fondation, l’équipe à l’origine du Conseil de la population de Bâle mise sur une « copropriété » (petits dons) par le biais de parts sociales. L’objectif est de mettre en place une structure institutionnelle pérenne.

Comparaison des deux concepts

DIMENSIONTALKING STICKCONSEIL DE LA POPULATION DE BÂLE
problème fondamentalExclusion de participantsManque de légitimité des décisions
Approche de solutionAccès par l’intermédiaire d’un courtierUne structure grâce à l’institutionnalisation
Logique financièreFrais de procédure et indemnisationHybride : parts sociales + partenaires institutionnels
CalendrierPhase d’atelier limitéeIntégration continue
Mise à l’échelleMultiplier le savoir-faireProjet pilote → consolidation juridique
critère de réussitePratiques de participation inclusivesUn droit de participation inscrit de manière contraignante

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